APOLLINE FONTAINE


LE SILENCE D’AIMER

UN RECUEIL PROMETTEUR, par Etienne Ruhaud


Le Silence d’aimer
Apolline Fontaine
Editions Douro
Date de parution : 1er juin 2021
76 pages


Explorer les méandres de la passion : tel semble être l’objectif de ce beau recueil au titre programmatique. La première partie évoque ainsi une liaison malheureuse. Éprise d’un mystérieux poète-type, urbain, cultivé, impeccablement net : rasé de près, élégance du maintien (p. 16), « Elle » semble vite déchanter, voyant le désir s’étioler une fois passées les fugaces étreintes, lorsque Berger l’abandonne, lui laissant le cœur carbonisé (p. 6). Chaque étape du drame se trouve détaillée : depuis la prime rencontre dans une brasserie, en passant par l’incandescence, cet îlot de tendresse (p. 26), pour finalement s’achever dans la défection, cette déchirante veine éclatant du soleil sa disparition (p. 40). Car l’être adoré se dérobe, précisément, face à cet amour devenu intrusion (p. 49), Elle étant entrée en lui par inadvertance (p. 49), lui refusant la possibilité de faire couple (p. 54). Récit poétique aux accents autobiographiques, le chapitre liminaire s’apparente ainsi à un tragédie personnelle.

Mais au silence d’aimer répond le gazouillis, soit le bonheur, justement, d’un autre couple, cette fois-ci bien réel et heureux. Très différent dans le fond comme dans la forme, le second chapitre célèbre la joie : joie d’être au monde, cette sensation pleine/d’une extase continue (p. 70), et joie d’être à deux, dans l’acquiescement-affection (p. 71). Si l’unité, la cohérence d’ensemble, paraît moins évidente que dans les pages précédentes, le fil d’Ariane tient justement au sentiment de félicité, ce bain amniotique, d’aube tiède (p. 70). On a ainsi l’impression d’assister à une renaissance. L’allégorie de la maternité, de l’enfantement, est d’ailleurs reprise à travers plusieurs poèmes, comme si, à la petite mort de la rupture, succédait la vie. Ainsi la poétesse évoque-t-elle une tété lente (p. 70). Nous retrouvons ici le cocon originel, même si le monde extérieur n’est pas absent, notamment lorsque l’auteure chante l’asphalte, dans le poème du même nom : Le temps caracole dans la gouttière/tube musical des pocs et des clacs (p. 62). Il ne s’agit donc nullement d’un repli sur soi autistique, d’une volonté de se couper des choses.

 Le style est fluide, sans être prosaïque, bien que des fragments de réel émergent au détour des pages, de manière parfois surprenante. La poésie d’Apolline Fontaine est ainsi doublement lyrique et concrète, loin des abstractions et des constructions compliquées, expérimentales. À la prose rythmée du « silence d’aimer » succèdent ainsi les vers libres du « gazouillis ». La langue métaphorique, colorée, d’Apolline Fontaine trouve ainsi deux médiums différents, complémentaires. On songe parfois au haïku, à sa sobre efficacité : le matin sonne/comme un doux/tremblement d’été (p. 58). Un érotisme subtil accompagne en permanence cette écriture du corps, de la sensation : ce matelassé léger de ma paume/sur ce feutre érectile qu’est ton membre (p. 72).

On songe parfois aussi à Marceline Desbordes-Valmore, aux femmes qui ont su vénérer l’amour, sans rien cacher de leurs blessures ou de leurs bonheurs. Publié par les soins d’Hubert le Boisselier aux jeunes éditions Douro, et orné d’un tableau de l’intéressée, ce livre vrai et sincère ravira les amateurs de littérature vécue.

Etienne Ruhaud
Paris, le 16/12/2021


Ruhaud

Etienne Ruhaud est auteur, blogueur et directeur de la collection « Elephant Blanc », aux éditions unicité.


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