Appréciations

Imago, roman de Philippe Sarr
éditions sans crispation, 2020

Imago

Il est drôle, votre bouquin, bizarre, étonnant.
Je l’ai lu par petits bouts, pendant les pauses des répétitions, de façon un peu hachée, (comme le livre l’est aussi, d’ailleurs, j’étais raccord)… Intéressant, très, vraiment.
Il ne ressemble à rien (prenez ça bien, comme un compliment).
Et pas ennuyeux du tout.
J’ai tout de suite aimé le style polar puis science fiction de la narration, surtout au début, la narration dans la narration. Les digressions, les identités multiples, les Camus et Césaire, toutes ces femmes, Camille, Laure, Blandine etc., les aller et retour dans le temps et l’espace, le foot (c’est vrai ?) et la littérature…S’il me bouscule un peu, votre livre, ce n’est pas tant par la construction, toute en ruptures et en transitions brutales qui requièrent une attention constante pour pouvoir « suivre », que par l’univers mental qu’il suppose, sorte de chaos construit sur un chaos existant, qui est celui des vies que nous devons mener dans ce monde qui n’est qu’absurdité. Et seuls les détails et les sensations fugaces du quotidien sont capables de nous en faire ressentir une quelconque réalité.

Marie-Guignard Tessier, message à l’auteur.

En potassant le dico pour voir le fond de l’affaire et du titre, on peut tomber sur la définition jungienne et pré-youtubienne d’influenceur, de proche (parental ou non), de mentor, pour parler à l’ancienne, d’ »amigo » pour faire un vilain anagramme. On peut aussi tomber sur un sens biologique c’est-à-dire le stade final du développement d’un individu. On dirait bien qu’il y a un peu de tout ça dans ce récit aux appendices proéminents et aux tentacules turgescents : un Basquiat, un Césaire, un Camus plus faux (ou par conséquent plus vrais) que nature, des personnages interconnectés avec un Jad à l’imago d’écrivain en pleins travaux expérimentaux, à coups d’accélérateur de parties de cul, de métamorphoses. Jad avance, avec l’impression d’ »avaler des espaces [et des êtres] à une vitesse phénoménale ». A l’image de son auteur, il court le relais d’un personnage à un autre comme sur « une piste d’athlétisme ». Jad et Sarr sont des hommes pressés, au galop -Tagada!- dans la pensée et dans le style. Pas le temps de méditer (ou il faut que ça tape juste dans la formule) parce qu’ils savent qu’on peut se laisser abattre par une saleté de virus avant d’atteindre « sa quête essentielle » : son imago d’écrivain. Et pour ça il faut tout ramasser sur son passage. On lit Philippe Sarr jusqu’à son dernier souffle.

David Le Golvan – Auteur – page facebook

J’ai lu le Sarr et il m’a vraiment plu ! Il a une prose précise et très dynamique. Son bouquin me fait l’effet d’une boule de neige qui débaroule une pente & prend & de la vitesse & du volume. Enchainé à sa prose, la lecture nous entraîne toujours plus loin et plus vite & alors c’est plus le rythme & le jeu qui importe que tout le reste. On dirait d’une prolifération de cellules, malignes, très malignes… C’est aussi le sujet du livre, cette maladie proliférante.

Extrait d’une lettre de Thierry Girandon à David Laurençon, co-éditeur d’Imago.

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