EDUARDO PISANI


CONVERSATION AVEC EDOUARDO, LE CHANTEUR DE « JE T’AIME LE LUNDI », CANDIDAT À L’ACADÉMIE FRANÇAISE… POUR LA 15ème FOIS !

Par David Laurençon

Pisani
Edouardo, Paris, décembre 2021

David Laurençon : Bonjour. Edouardo, ou Eduardo Pisani ? Qu’est-ce que vous préférez, c’est-à dire, comment faut-il vous appeler ?
Edouardo : Mon vrai nom, c’est Eduardo Pisani. Quand j’ai sorti mon premier single « Je t’aime le lundi », j’ai décidé de m’appeler Edouardo, c’est à dire que j’ai enlevé mon nom de famille et j’ai utilisé seulement mon prénom Eduardo, mais en le transformant en Edouardo. Je signe mes chansons et mes poèmes Eduardo Pisani, mais quand je chante, je suis Edouardo.
Il y a plus d’une une dizaine d’années, sur une période d’environ trois ans, j’ai fait de la peinture. Je signais mes toiles Edouardo. J’ai arrêté de peindre, car je n’avais plus de place pour ranger mes toiles. Tous les deux ans, dans la Salle des Fêtes de la Mairie du 6ème arrondissement de Paris, il y avait une expo collective. J’ai participé trois fois à cette expo. Chaque fois avec une toile différente. Comme je souffre de dépression chronique, peindre, c’était une bonne chose pour moi, car peindre, c’est une activité artistique, mais aussi physique. Il faut bouger un peu quand on peint.
Après avoir arrêté de peindre, je me suis dit que je pouvais dessiner, car les dessins, ça prend moins de place que les toiles. Le problème, c’est que je ne sais pas dessiner du tout. Je faisais des portraits de gens connus que n’importe quel dessinateur aurait mis 5 minutes pour les terminer et moi, pour finir un portrait, il me fallait une semaine. J’ai fait aussi quelques portraits d’amis, mais ces portraits-là, ils étaient encore plus mauvais que les portraits des gens connus. Alors, j’ai commencé à dessiner autre chose que des portraits.
Je dessinais des monstres très sympathiques. J’aimais bien dessiner ces monstres. J’aurais dû continuer, mais j’ai arrêté. Tous mes dessins, je les signais Edouardo.

dL : Je comprends parfaitement cette histoire de peinture comme acte physique, comme action. J’ai cherché, mais impossible de mettre la main – l’œil – sur votre travail de peintre. Où est-ce qu’on peut voir ces réalisations ?
Edouardo : Mes toiles ne sont exposées nulle part, ni au Louvre, ni au centre Pompidou, ni dans les chiottes d’aucun restaurant ou café de Paris, nulle part, je vous dis.
Un jour, je suis allé au Louvre avec une de mes toiles, cachée sous mon manteau. J’avais l’intention de mettre ma toile à la place de la Joconde, mais quand j’ai vu La Joconde, j’ai vite renoncé à mon projet, car sans vouloir être prétentieux, ma toile était plus jolie que La Joconde.

Pisani
Edouardo est mort / Acrylqiue sur toile

POÉSIE, LANGUE & ACADÉMIE FRANÇAISE

dL : Le grand public vous connaît pour votre chanson « Je t’aime le lundi ». Nous y reviendrons. J’aimerais commencer cette conversation par ce qui m’interloque d’abord : votre rapport à l’Académie Française. Vous vous êtes porté candidat une grosse dizaine de fois. Pourquoi ? Vous savez que c’est une gageure. Alors, quoi ?
Edouardo : Je suis candidat à l’Académie française au fauteuil vacant de M. Yves Pouliquen. Fauteuil 35. Élection le 17 février 2022. C’est ma 15ème candidature à l’Académie française. Je compte me présenter chaque fois qu’un fauteuil sera déclaré vacant et qu’il y aura un appel à candidatures. Cette histoire de mes candidatures répétées à l’Académie française a commencé le jour où le poète Éric Dubois m’a dit que n’importe qui pouvait envoyer sa lettre de candidature à l’Académie française quand il y avait un appel à candidature.
J’ai donc envoyé ma lettre de candidature pour le fauteuil de Mme Assai Djebar et le 4 février 2016, sur le site de l’Académie française, mon nom est apparu parmi les candidats. L’élection au fauteuil 5 de Mme Assia Djebar, c’était un mois après, le 3 mars 2016. Quelques jours avant l’élection, j’ai eu un article dans le journal Le Parisien, sur le site Internet, mais aussi dans la version papier du journal. Et à partir de là, plein de médias, même à la télé, ont parlé de ma candidature à l’Académie française. Naturellement, je n’ai pas été élu, je n’ai eu aucun vote et c’est normal. Il y avait plus de possibilités qu’une météorite me tombe sur la tête qu’un des académiciens vote pour moi, le chanteur de « Je t’aime le lundi ».  
Au bout de ma troisième ou quatrième candidature, j’ai appris que Émile Zola avait été candidat plus d’une vingtaine de fois, peut-être 30 fois et il n’avait jamais été élu. J’ai donc décidé de tenter de battre le record du nombre de candidatures d’Émile Zola qui avait des origines italiennes et moi je suis Italien.
Chose extraordinaire, pour ma candidature au fauteuil de Simone Veil, j’ai obtenu un vote ! Quand j’ai vu ça sur le site de l’Académie française, je n’en revenais pas. Jamais je n’aurais imaginé pouvoir obtenir un vote un jour.

dL : Expliquez-moi ce que l’Académie Française, moquée et dénigrée par ailleurs, représente pour vous ? Personnellement, je la trouve plus qu’honorable. Peu importe. Je suppose, j’espère que vous allez me parler de votre amour pour la langue française. C’est un peu le b.a-ba de cette institution.
Edouardo : Beaucoup de Français ne se rendent pas compte de la beauté de leur langue. La langue de Molière, la langue de Maupassant, la langue de Balzac, la langue de Victor Hugo, la langue de Céline, la langue de Colette, la langue de Verlaine, la langue de Rimbaud, la langue de Baudelaire, la langue d’Apollinaire, la langue de Charles Trenet, la langue de Georges Brassens, la langue de tous ces grands écrivains et poètes et de tant d’autres grands artistes doit être protégée, car elle appartient à tout le monde, même à ceux qui comme moi ne sont pas Français. L’Académie française est là pour protéger cette belle langue. L’Académie française protège chaque mot de la langue française comme la Chine protège les pandas, comme une maman protège ses enfants.

dL : Oui, et il faut que ce soit un étranger qui ouvre les yeux sur ce qu’il y a de beau ici, et nous parlons de la langue française… Mais au fait, je dis « étranger » : vous l’êtes, ou vous ne l’êtes pas ?
Edouardo : Je suis de nationalité italienne. Ici en France, j’ai le droit de voter aux élections européennes et aux élections municipales. Je n’ai pas le droit de voter aux élections présidentielles. Mais en lisant entre les lignes de votre question, je crois comprendre que vous voulez savoir si je me sens plus Italien ou plus Français. Je vais vous répondre de la façon la plus honnête et claire possible. Je ne me sens ni Italien, ni Français, car je suis né à Naples et quand on est né à Naples on est Napolitain pour l’éternité. Je suis un Napolitain qui a décidé de vivre, mourir et se faire enterrer à Paris. Je suis un Napolitain qui a choisi la langue française pour exprimer son art.  Je suis né dans la même ville où est née la maman de Georges Brassens. Si Georges Brassens a commencé à chanter, c’est parce que quand il était petit, sa maman napolitaine chantait tout le temps. Si moi, j’ai commencé à chanter, c’est parce que quand j’étais petit, ma maman napolitaine chantait tout le temps.

Pisani

« Quand on est né à Naples, on est Napolitain pour l’éternité ».

dL : Vous êtes auteur et poète de langue française. Vous êtes Italien. Vous venez de citer de grands auteurs, sans dire ce qui vous fascine, ce qui vous plaît, dans ce français-là ? Ce qui vous excite, même, si je puis dire ?
Edouardo : Je parle trois langues : L’italien, le napolitain et le français. L’italien, c’est ma langue maternelle. Le napolitain, c’est la langue que l’on parle à Naples, la ville où je suis né. Le napolitain, ce n’est pas un dialecte, c’est une vraie langue. Le français, c’est la langue que l’on parle dans le pays où je vis depuis 40 ans.
En Italie, j’avais étudié l’anglais pendant 8 ans, mais quand je suis arrivé à Paris en 1981, je ne connaissais que quelques mots en anglais et aucun mot en français.
Rapidement je me suis rendu compte que le français pouvait devenir la langue pour mes chansons et mes poèmes, car la langue française et la langue