Amuse-bec appréciations

Amuse-bec

Après un premier roman intitulé « Les Faux cils et le marteau », dont il a été question par ici, l’écrivain stéphanois Thierry Girandon régale son lectorat avec un recueil de nouvelles. On retrouve dans « Amuse-Bec » le sens de l’image et de la poésie qui caractérisent « Les Faux cils et le marteau », de même qu’une approche sociale attentive aux petites gens, aux anonymes, aux personnes en difficulté ou en panne dans leur vie. Et si ces personnages sont dessinés de façon rapide, brièveté du genre de la nouvelle oblige, force est de constater que ceux-ci sonnent toujours juste.

Daniel Fattore, « fattorius »

Difficile de parler d’un recueil (une douzaine de nouvelles) quand ce dernier – je devrais dire « ces dernières », tant l’ensemble s’avère être d’une rare homogénéité dans le sombre et le tragique – vous a cloué le bec, précisément. Parce que des expériences de lecture comme celle-ci, extrême et sublime, ont la rareté d’une comète venue traverser votre ciel sans crier gare. David Laurençon, qui a publié le recueil, a dit de Girandon qu’il est sans doute l’un des tous meilleurs novellistes qu’il lui ait été donné de lire. Et on ne peut que le croire ! Sexe et alcool sont omniprésents dans ce recueil, histoire bien sûr de clouer le bec à un quotidien rythmé par la froideur glaciale de nos « tubes cathodiques ». Pas drôle, donc (quoique l’on se surprenne parfois à rire de l’infortune ou du cynisme de certains personnages). Mais d’une efficacité redoutable. Aussi, le plaisir est-il là, niché dans chacune des phrases du recueil qui se déroulent comme un long ruban noir parsemé d’éclairs foudroyants et poétiques (d’une poésie qui vous consume) : «  Le temps s’était égaré quelques part… L’alcool véhiculait dans l’esprit de ses gonades mille photogrammes pornographiques… L’après-midi s’écoulait ainsi, comme des eaux usées… Le soir, avant de sombrer, ils regardaient ces écrans qui réfractaient leur misère sauf quand la lune s’y reflétait… un bonbon si ténu qu’il fond comme un flocon de neige venu par mégarde d’un autre hémisphère… Dans la clarté polaire de la nuit, les flocons étaient noirs, et regarder au-delà des étoiles piquait les yeux… Par un trou du toit, il voyait une belle lune ronde et blanche comme le cul d’une tasse en porcelaine, et une chiée d’étoiles qui semblait la décoration kitsch d’une assiette… »
Girandon nous dépeint par petites touches subtiles (on pense parfois à Carver), un monde à l’agonie, dématérialisé, dans lequel la misère court de rues en rues, de terrains vagues en terrains vagues. Chaque personnage – Louise, Marie, Bernard, Raoul… semblent s’être égarés dans un monde « de paillettes », hantent ces nouvelles comme des fantômes hystériques rêvant leur propre mort et la nôtre. Prélude à un dernier tour de piste « avant l’abêtissement final de l’humanité (…) penchée au-dessus du gouffre des tablettes numériques… »

Philippe Sarr, « Le Mors-aux-dents »

L’OBSESSION DE L’ECLAIRAGE ARTIFICIEL
> FATTORIUS
[…] Il parvient aussi à trouver les bonnes images, avec une prédilection pour les écrans, qui peuvent servir de paravents ou de boucliers. Nouvelle onirique s’il en est, « Le Rêve de l’autre » oscille entre le fantasme d’un somptueux moment de sensualité avec Hélène et le quotidien difficile du personnage principal, un clochard. L’onirisme est encore accentué par la localisation erratique: certes, on se trouve au bord d’un fleuve, mais est-ce le Rhône, le Prout, la Seine…? Enfin, l’auteur se livre à un beau moment de poésie autour des déchets, qui deviennent de belles choses avec un peu d’imagination.
L’obsession de l’éclairage artificiel est présente dès la première nouvelle du recueil, « Il n’y a plus beaucoup d’enfants qui viennent », qui se passe dans un bar – et dans ses environs, ce qui permet à l’auteur d’éclabousser son récit au moyen des lumières crues des vitrines. Cette obsession est aussi le signe le plus voyant d’une attention constante aux décors, toujours soignés dans le recueil, dans l’optique de créer des ambiances.

L’OUVRAGE PHARE

> KULTUROPAT
[…]une douzaine de nouvelles, toutes empreintes d’un style sombre, presque morbide, duquel s’échappent d’étonnantes envolées poétiques et réjouissantes dont seul un esprit aiguisé est capable de produire après avoir distingué du réel, ces instants fugaces qui font que nous poursuivons coûte que coûte vers l’absurdité la plus totale tant nous poursuivons coûte que coûte vers l’absurdité la plus totale tant nous sommes irresponsables, pour ne pas dire assez cons… > mediapart


> éditions sans crispation
> Boutique Amuse-bec