AMUSE-BEC


RECUEIL DE NOUVELLES DE THIERRY GIRANDON

Amuse-bec

édition brochée – 134 pages
EAN13 : 9782953038361
Date de parution 27/04/2014
Sans crispation éditions / David Laurençon
12 €
> Acheter sur le site de l’éditeur (éditions sans crispation)


J’ai publié le recueil Amuse-Bec à Lyon en 2014, pour le compte d’une structure éditoriale que j’avais créée, Crispation Editions. « Crispation » était une traduction libre de Up-Tight, titre d’un livre de Victor Bockris et Gérard Malanga, The Velvet Underground Up-Tight.
Le terme « Crispation » suppose des conflits et des tensions, qui n’ont jamais existé. Alors, quelques années plus tard, j’ai rebaptisé la maison Editions sans crispation et en 2020, j’ai publié mon dernier livre en tant qu’éditeur, le septième ouvrage publié de Thierry Girandon, Perpète.
D’Amuse-Bec à Perpète, boucle bouclée en compagnie de celui que je considère comme le meilleur nouvelliste français moderne.

RETOURS CRITIQUES

Daniel Fattore in FATTORIUS

Après un premier roman intitulé « Les Faux cils et le marteau », dont il a été question par ici, l’écrivain stéphanois Thierry Girandon régale son lectorat avec un recueil de nouvelles. On retrouve dans « Amuse-Bec » le sens de l’image et de la poésie qui caractérisent « Les Faux cils et le marteau », de même qu’une approche sociale attentive aux petites gens, aux anonymes, aux personnes en difficulté ou en panne dans leur vie. Et si ces personnages sont dessinés de façon rapide, brièveté du genre de la nouvelle oblige, force est de constater que ceux-ci sonnent toujours juste.

Quelques constantes traversent « Amuse-Bec », la plus frappante étant la peinture des vicissitudes du corps. Celui-ci est volontiers malmené, et à ce titre, la nouvelle « Adieu », un brin étrange et kafkaïenne, s’avère exemplaire puisqu’elle met en scène un enfant qui se dématérialise peu à peu sous les yeux de ses parents impuissants. L’auteur va jusqu’à éclater les corps, d’une manière volontiers brute de décoffrage, à l’instar de la peinture d’une décollation impromptue dans « La Marotte », ou à les montrer de près, sans reculer devant la nudité.

Autre constante, stylistique celle-ci: l’auteur a le souci constant de recréer la voix qui convient à la situation et aux personnages, et de construire un rythme pertinent, entre autres à travers des dialogues crédibles. Les phrases de l’auteur sont souvent brutes de décoffrage, crues; elles n’excluent cependant pas une tendresse indéniable, par exemple dans le portrait de la vieille dame du « Dernier sou ». Un brin surréaliste, l’ambiance de « Bleu » a quant à elle quelque chose de la bluette cruelle.

Il parvient aussi à trouver les bonnes images, avec une prédilection pour les écrans, qui peuvent servir de paravents ou de boucliers. Nouvelle onirique s’il en est, « Le Rêve de l’autre » oscille entre le fantasme d’un somptueux moment de sensualité avec Hélène et le quotidien difficile du personnage principal, un clochard. L’onirisme est encore accentué par la localisation erratique: certes, on se trouve au bord d’un fleuve, mais est-ce le Rhône, le Prout, la Seine…? Enfin, l’auteur se livre à un beau moment de poésie autour des déchets, qui deviennent de belles choses avec un peu d’imagination.

L’obsession de l’éclairage artificiel est présente dès la première nouvelle du recueil, « Il n’y a plus beaucoup d’enfants qui viennent », qui se passe dans un bar – et dans ses environs, ce qui permet à l’auteur d’éclabousser son récit au moyen des lumières crues des vitrines. Cette obsession est aussi le signe le plus voyant d’une attention constante aux décors, toujours soignés dans le recueil, dans l’optique de créer des ambiances.

Attention à des personnages contemporains anonymes, musique des mots: les constantes d' »Amuse-bec » en font un recueil de nouvelles cohérent, parfois sombre, parfois lumineux – que ce soit grâce à l’éclairage au néon ou à la lumière d’une poésie de tous les instants.


Philippe Sarr in LE MORS AUX DENTS

Difficile de parler d’un recueil (une douzaine de nouvelles) quand ce dernier – je devrais dire « ces dernières », tant l’ensemble s’avère être d’une rare homogénéité dans le sombre et le tragique – vous a cloué le bec, précisément. Parce que des expériences de lecture comme celle-ci, extrême et sublime, ont la rareté d’une comète venue traverser votre ciel sans crier gare. David Laurençon, qui a publié le recueil, a dit de Girandon qu’il est sans doute l’un des tous meilleurs novellistes qu’il lui ait été donné de lire. Et on ne peut que le croire ! Sexe et alcool sont omniprésents dans ce recueil, histoire bien sûr de clouer le bec à un quotidien rythmé par la froideur glaciale de nos « tubes cathodiques ». Pas drôle, donc (quoique l’on se surprenne parfois à rire de l’infortune ou du cynisme de certains personnages). Mais d’une efficacité redoutable. Aussi, le plaisir est-il là, niché dans chacune des phrases du recueil qui se déroulent comme un long ruban noir parsemé d’éclairs foudroyants et poétiques (d’une poésie qui vous consume) : «  Le temps s’était égaré quelques part… L’alcool véhiculait dans l’esprit de ses gonades mille photogrammes pornographiques… L’après-midi s’écoulait ainsi, comme des eaux usées… Le soir, avant de sombrer, ils regardaient ces écrans qui réfractaient leur misère sauf quand la lune s’y reflétait… un bonbon si ténu qu’il fond comme un flocon de neige venu par mégarde d’un autre hémisphère… Dans la clarté polaire de la nuit, les flocons étaient noirs, et regarder au-delà des étoiles piquait les yeux… Par un trou du toit, il voyait une belle lune ronde et blanche comme le cul d’une tasse en porcelaine, et une chiée d’étoiles qui semblait la décoration kitsch d’une assiette… »
Girandon nous dépeint par petites touches subtiles (on pense parfois à Carver), un monde à l’agonie, dématérialisé, dans lequel la misère court de rues en rues, de terrains vagues en terrains vagues. Chaque personnage – Louise, Marie, Bernard, Raoul… semblent s’être égarés dans un monde « de paillettes », hantent ces nouvelles comme des fantômes hystériques rêvant leur propre mort et la nôtre. Prélude à un dernier tour de piste « avant l’abêtissement final de l’humanité (…) penchée au-dessus du gouffre des tablettes numériques… »


AMUSE-BEC : L’OUVRAGE PHARE
> KULTUROPAT

Amuse-Bec, l’ouvrage phare des Éditions Crispation regroupe une douzaine de nouvelles, toutes empreintes d’un style sombre, presque morbide, duquel s’échappent d’étonnantes envolées poétiques et réjouissantes dont seul un esprit aiguisé est capable de produire après avoir distingué du réel, ces instants fugaces qui font que nous poursuivons coûte que coûte vers l’absurdité la plus totale tant nous sommes irresponsables, pour ne pas dire assez cons.

Quoi de plus normal donc, que de persister dans l’évidente médiocratie quand se révèlent ici et là les petits plaisirs de chaque jour ? Si des fois nous décidions de stopper la confiscation systématique des richesses par une soit-disant élite, jamais nous ne mettrions le doigt sur des instants de bonheur. Quoi ? Que l’homme soit comblé… impensable. Qu’on le comble de Coca ! Il est fait pour ça.
M’est avis que Thierry Girandon a écrit Amuse-Bec dans cet état d’esprit.
Pour preuve, dans Il n’y a plus beaucoup d’enfants qui viennent, le premier texte du recueil, des mots comme alcool, sarcophage, fumée, enfumée, excitation, ivresse, sperme, liqueur, liquoreux, laideur, chiottes, sexes, chiens, truffes, chairs, rideau de fer… un champ lexical qui donnerait envie au lecteur de se lancer dans le toilettage canin.
Quant au second, – Marotte – « Il n’avait plus de ventre (…) de fesses », cuisses, couteaux, exciter, branler, fripée, viol, slip, jouet… ils plongent le lecteur dans un questionnement sincère pour, au final, découvrir que « Raoul jutait de travers ». Un sourire se dessine, timide. Puis se multiplie à mesure que la lecture avance. Le rêve de l’autre, soutirera bien plus au lecteur. « Arrache ma culotte avec les dents qui te restent ! » dit-elle à la cloche très proche d’une éjaculation féroce. Aussi insiste-t-elle : « Roger, (…) j’ai toujours rêvé d’un gueux ! » Jubilatoire.

Et les dialogues, d’une justesse invraisemblable ! « Les chiottes sont sur le palier ? Oui, mais je pisse dans le lavabo. Oui mais pour les gros besoins ? Au fond du couloir. Quel soulagement, dit-elle »… Direct, concret, droit au but comme dirait l’autre.
L’autre justement, tantôt absent, telle Nora dont la paupière se lève pour un oui ou pour un si ; tantôt emmerdeur comme l’autre cloche qui tire Roger de son rêve ou, plus loin, ce flic qui l’empêche d’en finir. Mais aussi l’autre, le partenaire d’une danse, toujours dans un bar, parce que c’est plus pratique pour « parler au creux de l’oreille » et, par-là, de conclure vite avant de rentrer chez soi (Cheveu). Ou, à l’inverse, de ne plus rentrer (Salope) parce que Jeanne le croît dans un accident d’auto – enfin libre ! Autant s’autoriser une bonne pipe. Merde, un texto. Il n’est pas mort alors ! Que faire de tout ce foutre au fond de la bouche ? […]
> lire sur mediapart


> éditions sans crispation
> Boutique Amuse-bec